"Au XVIIIe siècle, le surf est une pratique
courante chez les populations des îles hawaiiennes. Il fait partie de leur
culture, entre relation sociale et religion. On estime que les rois hawaiiens
se distinguaient les uns des autres par leur maîtrise de ce sport difficile et
dangereux. Mais, à leur arrivée, les missionnaires calvinistes, choqués par la
nudité des surfeurs, ont souhaité imposer leur religion monothéiste, leur morale
religieuse, leurs codes vestimentaires, leur langage et leur écriture, et ont
finalement mis fin à ces pratiques. En moins d’un siècle, le surf tomba en
désuétude."
samedi 24 septembre 2016
lundi 19 septembre 2016
Clarisse Herrenschmidt, Les Trois écritures. Langue, nombre, code, Paris, Gallimard, 2007, p. 429
"Vers 1808, Pellegrino Turri di Castelnuevo fabriqua
une machine à écrire pour celle qu’il aimait, la comtesse Carolina Fantoni,
devenue aveugle en grandissant, en sorte qu’elle puisse lui écrire des billets
d’amour en tant soit peu lisibles, ce que n’était point son écriture manuscrite.
L’amoureux n’avait pas perdu la tête. Plus tard, un pasteur danois s’y mit, en
faveur des sourds-muets ; enfin, un fabricant d’armes au chômage technique
depuis la fin de la guerre de Sécession, passé dans nos mémoires pour son aide
à la littérature mondiale : Philo Remington. Sa type writer de 1878 entra dans le commerce l’année même où la
machine à calculer de Hollerith investit les bureaux de l’administration
américaine, signifia l’occasion d’une révolution sociale, et les femmes
devinrent secrétaires. Underwood imposa des perfectionnements techniques, puis
Remington et Underwood se livrèrent une bataille tout au long du sècle, que
gagna dans les années 1980 le Raminagrobis de l’ordinateur personnel."
mardi 13 septembre 2016
Dubravka Ugresić, Karaoke Culture [2011], trad. Pierre-Richard Rouillon, Paris, Galaade, 2012, p. 84.
"L'écrivain Milovan Danojlić a entrepris la lecture minutieuse d'une pile énorme de production littéraire amateur, dont l'aboutissement a été le roman Comment Dobrislav a traversé la Yougoslavie en courant (Kako je Dobrislav protrčao kroz Jugoslaviju, 1977), événement marquant de son époque et hymne à la gloire de la littérature amateur. Danojlić examine les travaux de son héros, un poète amateur, avec considération, empathie et tendresse, relativisant les barrières et les hiérarchies en vigueur entre amateurs, marginaux et ratés d'une part, et artistes établis de l'autre. Parallèlement, le livre de Danojlić était aussi un 'manuel scolaire', montrant au lecteur que le mécanisme qui conduit la main à prendre un stylo est toujours le même - les différences sont dans l'exécution, dans l'oeuvre elle-même."
Dubravka Ugresić, Karaoke Culture [2011], trad. Pierre-Richard Rouillon, Paris, Galaade, 2012, p. 45-47.
"Créé par Linden Lab et lancé en 2003, Second Life n'est que l'un des nombreux mondes virtuels en ligne, auxquels les usagers, ou résidents, accèdent par le biais de leurs avatars. L'avatar peut prendre n'importe quel aspect ou forme choisi par l'usager, et bien que le plus souvent humain, il peut aussi être animal, minéral ou végétal. Mais peu de gens choisissent d'être une plante dans leur seconde vie. Les avatars peuvent être complètement différents ou étonnamment semblables à leurs usagers dans le monde réel. Ils achètent des biens virtuels (terrains, maisons, voitures, vêtements, bijoux, oeuvres d'art), ils glandouillent, vont à Sexy Beach, visitent des sex-shops virtuels, jouent à des jeux vidéo, dépensent des dollars Linden, et, à ce qu'il paraît, certains gagnent aussi de vrais dollars américains. Second Life regroupe des sociétés, des institutions culturelles, des bibliothèques, des universités et des groupes religieux. Les avatars peuvent s'inscrire dans différentes catégories et prier dans des lieux de culte virtuels de toue obédience. Les ambassades se trouvent sur Diplomacy Island. Les Maldives ont été le premier pays à ouvrir une ambassade virtuelle, suivie par la Suède. Le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, a déclaré qu'il espérait être invité à l'inauguration virtuelle de son ambassade. La Serbie a acheté et créé sa propre île de la diplomatie dans le cadre d'un autre projet virtuel intitulé 'Serbie en cours de construction'. Les usagers peuvent visiter le musée Nikola-Tesla, le célèbre festival de trompettes de Guča, et le festival de musique EXIT à Novi Sad. L'Estonie a ouvert une ambassade en 2007 et a été suivie par la Colombie, la Macédoine, les Philippines et l'Albanie. Les avatars peuvent faire du sport, visiter des musées et des galeries, aller au concert et au théâtre. En 2008 la Shakespeare Company de Second Life a donné une représentation en direct du premier acte de Hamlet. De nombreuses sociétés ont afflué pour faire de la publicité sur Second Life, et beaucoup en ont été pour leurs frais. Coca-Cola aurait injecté de gros sous pour ouvrir son Coke's Virtual Thirst Pavilion, qui a attiré moins de trente avatars. En somme, il semble que Second Life soit conçu comme un paradis adapté aux dimensions humaines. La seule chose qui manque est le service funèbre."
Dubravka Ugresić, Karaoke Culture [2011], trad. Pierre-Richard Rouillon, Paris, Galaade, 2012, p. 36.
"Dans son autobiographie parue en 2008, Felix Dadaev confirmait les rumeurs concernant les doubles de Staline. Dadaev, un vieil homme frisant les 90 ans, ancien jongleur et danseur, était le sosie de Staline (sauf les oreilles, 'mes oreilles étaient plus petites', assure-t-il), son double officiel. Les doubles servaient de cibles pour des assassins potentiels (apparemment il y a eu deux attentats contre Staline), se substituaient à Staline lors des défilés, et effectuaient les trajets vers ou depuis les aéroports pour dérouter les assassins. Avec les journalistes dans son sillage, en 1945 Dadaev a fait le voyage jusqu'à Yalta pour la célèbre conférence. Le vrai Staline était déjà là-bas."
jeudi 25 août 2016
Herbert Lottman, Michelin, 100 ans d'aventure, trad. Marianne Véron, Paris, Flammarion, 1998, p. 10.
"Dans le premier Guide Michelin, trois étoiles
signalaient les hôtels coûtant plus de 13 francs (environ 250 francs aujourd’hui)
pour une chambre moyenne, comprenant le service, une bougie pour la nuit, le
petit déjeuner, le déjeuner et le dîner. Deux étoiles signifiaient que les
mêmes prestations coûteraient de 10 à 13 francs, et une seule étoile, moins de
10 francs. Il existait un symbole pour indiquer la mise à disposition d’un
garage (en principe gratuitement), et un autre pour préciser la présence d’une
fosse permettant au chauffeur d’accéder sous le châssis pour effectuer des
réparations. Les hôtels recommandés par l’Automobile-Club de France, tant pour
le confort que pour la bonne chère, étaient signalés, de même que ceux qui
offraient une réduction de dix pour cent aux membres du Touring-Club de France.
Le concepteur méticuleux du Guide
Michelin avait prévu un symbole différent pour chaque type de carburant que
l’hôtel pouvait avoir en réserve, et signalait même s’il y avait une chambre
noire, afin que le voyageur puisse y développer les photographies prises en
cours de route. C’est seulement l’année suivante (l’auteur s’en excusait dans
sa présentation) que le guide serait en mesure d’indiquer si les toilettes d’un
hôtel étaient munies d’une chasse d’eau et si l’on pouvait y prendre une douche
ou un bain."
lundi 22 août 2016
Lucien Karpik, "Le Guide rouge Michelin", Sociologie du travail, n° 42, 2000, p. 371.
"En 1900, alors que seulement quelques milliers d'automobiles circulent, le premier petit livre rouge est publié: la distribution du Guide Michelin pour les chauffeurs et les vélocipédistes est gratuite. Le guide entend accompagner et favoriser le développement de l'automobile et, pour y parvenir, il opère la rupture avec la 'société ferroviaire'. Bien qu'il soit encore incomplet, il présente déjà l'invariant qui fonde son originalité: le classement des villes par ordre alphabétique. C'en est fini de la succession nécessaire inscrite dans les tracés du rail; désormais non seulement la composition de la liste des localités peut être modifiée à volonté, mais l'ordre prédéterminé s'efface: l'itinéraire se plie à la volonté du voyageur."
Inscription à :
Articles (Atom)