"Hitoshi Matsubara, professeur à la Future University
Hakodate (Japon), a mis au point avec son équipe un système destiné à rédiger
un ‘texte littéraire’. Des intervenants humains ont fixé la trame narrative et
les types de personnages, laissant ensuite au programme le soin de sélectionner
des mots et des phrases au sein d’un corpus préalablement établi. Le résultat a
pour titre Le jour où un ordinateur
écrira un roman, soit une fiction procédant à une mise en abyme qui a été
sélectionnée dans le cadre d’un concours de nouvelles par un jury ignorant son
origine. Le responsable du projet souhaite développer une méthode plus
élaborée, permettant à une intelligence artificielle de concevoir elle-même et
intégralement un texte."
dimanche 15 janvier 2017
vendredi 23 décembre 2016
Alain de Libera, Raison et Foi. Archéologie d'une crise d'Albert le Grand à Jean-Paul II, Paris, Seuil, 2003, p. 30.
"Si, pour prendre un exemple que j'affectionne, les médiévaux ont connu des logiques admettant des lacunes dans les valeurs de vérité (ce qu'on nomme aujourd'hui truth-value gaps), si certains esprits se sont élevés jusqu'à l'idée de la possibilité d'une réalisation d'états contradictoires dans la nature, bref, si certains auteurs ont renoncé au principe de contradiction, ce n'est pas parce que, philosophes de métier, ils ont développé contre les théologiens les possibilités latentes de la logique d'Aristote, c'est parce que, théologiens de métier, ils ont, contre Aristote, répondu par des notions nouvelles à des problèmes nouveaux, spécifiquement théologiques - de l'assignation du moment précis de la transsubstantiation à l'analyse des propriétés logiques du mouvement angélique. Le progrès existe: il n'emprunte pas toujours les itinéraires recommandés. Comme le rappelait P. Vignaux citant Victor Delbos: '[...] il est vain de présumer que tout ce qui est susceptible de prendre un sens rationnel doit nécessairement entrer dans le monde et dans l'esprit humain par la voie de la simple raison.'"
mardi 29 novembre 2016
James Flint, Habitus [1998], trad. Caro, Paris, Folio, 2004, p. 96-97.
"Moses lui-même s'était mis à l'informatique, via la politique, d'une façon détournée. Il était en fac lors des élections présidentielles de 1952 et il n'avait pas oublié le soir où les résultats furent connus. CBS, la chaîne qu'il regardait, avait requis un ordinateur UNIVAC pour soutenir la couverture électorale de Walter Cronkite. Ils allaient s'en servir pour prédire les résultats - c'était un exploit en relations publiques dû à la Remington Rand, qui avait construit la machine. Ils possédaient un système de programmation permettant de surveiller les résultats dans divers États clefs et de deviner l'issue sur cette base. Moses avait été rivé à l'écran. Il trouva que cet engin était extra, que l'énorme placard bourré de composants électroniques et de lumières clignotantes était vraiment trop sexy. Il avait travaillé dans toutes sortes de bureaux, au cours de ses années d'étude, et il connaissait les structures de pouvoir dans ces endroits. Il savait - mieux, il sentait - comment ils travaillaient, tous ces cadres imbus d'eux-mêmes et qui couraient partout, tous ces employés qui le prenaient de haut avec leurs petits boulots ennuyeux, toutes ces dactylos et standardistes que leur propre efficacité faisait bicher. Les bureaux étaient des machines, des machines de bois, de chair et de pierre, et vous aviez beau les travestir à votre guise avec des commérages et de la politique intérieure, ils n'en restaient pas moins des machines. D'après Moses, il était clair que ce qu'ils réclamaient tous, c'était un de ces machins, un de ces ordinateurs, un calculateur électronique. C'était clair comme de l'eau de roche: cette machine allait combler les désirs de tous ces cols blancs obsédés par les tâches à accomplir. On tenait enfin là l'employé parfait: donnez-lui de l'information, dites-lui quoi faire, il vous répondra. C'était ce que voulait tout le monde, avait-il pensé à l'époque et souvent depuis, car depuis le sommet jusqu'à la base, dans toutes les organisations, ce qui faisait marcher ces gens, c'était le frisson de plaisir qui les parcourait quand ils accomplissaient une tâche, dépouillaient leur courrier, allaient poser une crotte. Voilà ce que pouvait faire cette machine pour eux. Elle pouvait les aider à poser leur crotte. Et c'est alors qu'il comprit qu'il y avait ici de l'argent à se faire. Beaucoup d'argent. Après tout, les Américains adoraient chier."
lundi 21 novembre 2016
James Flint, Habitus [1998], trad. Caro, Paris, Folio, 2004, p. 41-42.
"Bletchley,
Alan Turing, Colossus - des noms dont le public n'entendrait parler que bien
longtemps après la fin de la guerre. C'est là qu'ils aidèrent le type qui
fabriqua le truc qui brisa les codes que mit au point Fritz. Nadine arriva au
moment même où Colossus devenait opérationnel. C'était un des tout premiers
calculateurs numériques électroniques, et ses 1 500 tubes à vide nécessitaient
une salle particulière. Nadine ne vit le monstre qu'une fois: son niveau d'habilitation
ne lui permettait pas d'y entrer; mais pendant qu'elle était à Bletchley, elle
eut des aventures plus ou moins torrides – c'était la guerre, ma
chère, tu aurais fait quoi? –, dont l'une avec un MP du nom de Tom, qui
avait les clefs et qui l'y introduisit un soir. Avec pour décor les séries de
lumières clignotantes derrière eux et pour fond sonore le chuintement des
ventilateurs, ils firent l'amour devant la chose, firent de leur amour une
offrande, même s'ils ne le virent pas ainsi, non, c'était juste sexy, toute
cette puissance, et la grosse bite de Tom la pilonnait comme un piston et
il l'éclaboussa d'étincelles."
Inscription à :
Articles (Atom)